Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Quels indicateurs pour caractériser une communauté d’enseignants ?

Peu de publications ont comme objet unique de proposer une caractérisation des communautés d’enseignants. Néanmoins, plusieurs chercheurs ont tenté de dresser une liste d’indicateurs dont l’étude est présentée comme un cadre d’analyse.

Dillenbourg, Poirier et Carles (2003)[1] proposent une définition de la communauté par un positionnement central entre deux pôles d’un continuum constitué de deux types opposés d’organisations sociales, les groupes d’amis et les groupes formels.

Figure 1 : Définition d’une communauté par comparaison à d’autres formes d’organisation sociale, Dillenbourg & al (2003), p°3

Puis, dans le même article, ils présentent une série d’indicateurs un peu généraux, comme linterdépendance et l’implication des membres, une micro-culture cristallisée autour de valeurs, de règles, de codes, de rites et de pratiques partagées et une organisation sociale informelle et peu structurée. Une communauté se caractérise par une longévité suffisamment longue pour lui permettre d’écrire sa propre histoire. Enfin, pour eux, la sélection des membres doit être opérée en fonction de leur adhésion au projet.

De leur côté, Barab & al (2004)[2] définissent après avoir observés les communautés hébergées par Tapped In[3], six indicateurs présentés sous la forme de tensions entre deux pôles opposés. L’étude des tensions et des interactions qu’elles provoquent est présentée comme un cadre d’analyse permettant de caractériser les communautés d’enseignants. Ces tensions ont été synthétisées par Barab & al comme suit :

Designed / emerged: La littérature sur le design montre qu’il est délicat de prévoir les usages que feront les utilisateurs des fonctionnalités d’un environnement technologique. Il se crée donc une tension entre ce que les développeurs prévoient comme fonctionnalités et les usages émergents de la pratique.

–  Participation / reification: La participation est à la fois personnelle et sociale. Elle permet la construction d’une identité en tant que membre de la communauté et de détenir un meilleur niveau de connaissance. Le processus de transformation de l’expérience et son résultat est nommé réification. Selon Wenger (1998), la réification permet de construire à partir d’une expérience locale une expérience transférable à un niveau plus global.

–  Local  / global: L’un des enjeux des communautés de pratique selon Wenger (1998) est de parvenir à transformer les savoirs locaux en savoirs globaux. En d’autres termes, il s’agit de parvenir à partager une expérience mise en œuvre dans une classe de façon à ce qu’elle puisse être réinvestie dans un autre contexte.

– Identification / negotiability: L’identification représente la façon dont les utilisateurs construisent leur identité en tant que membres de la communauté au travers de leurs expériences avec et sur celle-ci. Le phénomène de négociabilité exprime le degré de contrôle que les membres souhaitent parvenir à garder sur le fonctionnement et l’identité de la communauté. Certains pourront choisir de s’investir dans certaines fonctions, telles que responsable ou modérateur afin de tenter de conduire la communauté dans la voie qui leur semble être la bonne.

Online / face-to-face: L’interface technologique encourage certains types d’échanges et en limite d’autres.  Les membres d’une communauté peuvent se sentir mal à l’aise avec le cadre technologique proposé et choisir de réaliser certaines activités en face à face.

Diversity / coherence: Les communautés virtuelles doivent pour exister permettre une certaine flexibilité pour accueillir toutes les activités des membres dans toutes leurs diversités et maintenir tout de même la cohérence de l’ensemble. Il s’agit d’une tension assez basique qui selon les auteurs doit être considérée comme un coût normal lors de la construction de relations communes.

Barab et ses collègues pensent que l’analyse de ces tensions constitue un cadre utile aussi bien pour les chercheurs que pour les développeurs d’environnements technologiques supportant les futures communautés d’enseignants.


[1] Dillenbourg P., Poirier, C. & Carles, L. (2003). Communautés virtuelles d’apprentissage: e-jargon ou nouveau paradigme ? In A. Taurisson et A. Sentini. Pédagogies.Net. Montréal, Presses.

[2] Barab, S.A. (2004). An introduction to the special issue: Designing for virtual community in the service of learning. In Barab, S., Kling, R., & Gray, J. (Eds.). Designing virtual communities in the service of learning. New York: Cambridge University Press.

[3] Tapped In est un réseau international consacré aux professionnels de l’éducation : les enseignants, les bibliothécaires, les formateurs, ainsi que professeurs d’université, les étudiants et les chercheurs réunis pour apprendre, collaborer, partager et se soutenir mutuellement. Le site de ce réseau est consultable à l’adresse http://tappedin.org/tappedin/ (le 23 janvier 2012)

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Cette entrée a été publiée le 30 janvier 2012 par dans Articles, et est taguée , , .
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