Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Prospective : ce qui est discuté pour l’éducation par les chercheurs américains

Cet article a été rédigé après avoir lu différents livres ou articles anglo-américains sur le système éducatif tel qu’il est et tel qu’il pourrait être dans l’avenir. J’ai tenté de relever les points qui me semblent saillants : ceux qui font consensus, ceux qui au contraire font débat et enfin, ceux qui ne sont abordés dans aucun de ces textes.

1. Ce qui est commun dans les textes

Les systèmes éducatifs doivent être rénovés. Le statut quo est présenté comme une solution viable dans aucun texte. L’ensemble des auteurs relève un manque d’efficacité des systèmes en place. Pour eux, ils sont onéreux et peu performants.

Le marché de l’éducation manque de fluidité et de transparence. Pour corriger ce défaut, il convient d’améliorer la circulation de l’information vers les apprenants et leurs familles pour leur permettre de choisir leur école. Davantage d’information devrait également permettre aux directeurs d’écoles de pouvoir sélectionner et rémunérer leurs enseignants en fonction de résultats observables.

Tous les textes prédisent une montée en puissance très importante de l’enseignement à distance. Ce type d’enseignement répond à des besoins et à des attentes mis en avant dans tous les textes :

  • La personnalisation des apprentissages : les étudiants auront accès à davantage de formations personnalisées (options proposées en plus grand nombre) et à des méthodes d’enseignement qui leur conviennent
  • L’intégration de nouveaux apprentissages rendus possibles par l’utilisation d’environnements numériques (résolution de problèmes complexes, développement de l’esprit critique, gestion des interactions, gestion des données et de l’information) ;
  • La mise en  place de systèmes de formation tout au long de la vie.

Les tests d’évaluation seront maintenus mais devront être améliorés. Ces améliorations seront possibles grâce aux résultats futurs des recherches en sciences neuronales et cognitives. Les tests seront mieux acceptés parce qu’ils seront considérés comme justes, équitables et capables de rendre compte de tous les apprentissages des élèves. Les nouveaux tests permettront de modifier et de personnaliser les temps scolaires. L’accès à une formation ou à un métier ne se fera plus sur la base d’une attestation de suivi de scolarité mais en apportant la preuve de ses capacités en réussissant les tests ad hoc.

La question de la protection des données personnelles va devenir un enjeu de société. Cette question ne devra pas être sous-traitée par les États qui seront garants de la sécurité (numérique) de leurs citoyens. Le système ne pourra fonctionner que si la confiance est établie.

2. Ce reste en débat

Les investissements dans la recherche sont considérés comme trop peu importants et trop diffus. Certains auteurs relèvent que les résultats des recherches en sciences de l’éducation sont éparpillés et peu reproductibles. Certains auteurs pensent que les États ou les différents districts devraient investir massivement dans la recherche en sciences de l’éducation et créer de véritables laboratoires de R&D situés près des acteurs de terrain. D’autres affirment que des acteurs extérieurs comme les firmes productrices de solutions technologiques ou de contenus à caractère pédagogique investiront dans des recherches sur les apprentissages afin de concevoir des produits de qualité qui trouveront leur place sur le marché de l’éducation.

Le futur statut des enseignants ne fait pas consensus. Certains auteurs pensent que le métier d’enseignants sera valorisé. Les enseignants effectueront des tâches plus complexes et pourront bénéficier d’une gestion de carrière qui récompensera leurs performances. D’autres auteurs pensent au contraire que le métier d’enseignant est trop complexe pour être appréhendé par une seule personne. Il devra être scindé en différentes fonctions plus ou moins bien reconnues et valorisées sur le marché du travail. Cela pourrait donner lieu à une taylorisation de certains aspects de ce métier.

Peu d’auteurs se risquent à faire des prévisions ou à donner des conseils précis sur les contenus de la formation des enseignants. Différentes voies sont envisagées qui vont de la formation très formelle gérée et organisée par les États, à des formations proposées par différentes universités ou firmes privées en passant par le développement d’un système de formations informelles au sein de communautés de pratiques gérées par quelques enseignants considérés de part l’audience de leur blog ou de leur communauté comme des leaders

 Le modèle de l’édition de manuels scolaires est pour tous sur le déclin. Plusieurs pistes sont envisagées par les différents auteurs. Pour certains, les contenus pédagogiques seraient produits et distribués par des firmes privées et notamment celles qui distribuent les technologies numériques qui vont envahir l’école. Le marché des ressources pédagogiques deviendrait alors un marché commercial comme les autres. Pour d’autres, les enseignants pourraient se regrouper en communautés pour produire et mutualiser eux-mêmes leurs propres contenus et échanger sur les pratiques pédagogiques qu’ils jugeront efficaces. Pour d’autres encore, les contenus pédagogiques proposés aux élèves dans les années à venir s’appuieront sur les derniers résultats des sciences neuronales et cognitives. Ils seront conçus par des experts. Dans tous les cas l’exercice de la liberté pédagogique par les enseignants sur le terrain sera plus difficile puisque les pratiques considérées comme bonnes leurs seront imposées ou très fortement suggérées.

Les syndicats d’enseignants vont perdre de leur force de négociation. Pour certains auteurs, les enseignants (et donc les adhérents des syndicats) seront moins nombreux et davantage dispersés géographiquement. D’autres expliquent que lorsque les différentes parties prenantes auront accès à l’information sur les résultats des écoles et des méthodes pédagogiques mises en œuvre, cela obligera les syndicats à prendre davantage en compte les intérêts des élèves et de leur famille et à être moins revendicatifs. Ils pourraient alors se transformer en guildes professionnelles. Il est possible aussi que les syndicats soient petit à petit remplacés par des communautés de pratiques ou des réseaux professionnels plus informels.

3. Ce qui n’est pas discuté

Le modèle de société dans lequel nous vivons n’est pas discuté. Les auteurs imaginent des scénarii basés sur le modèle de l’économie de marché avec des ressources énergétiques constantes.

La question de la protection des données personnelles est présentée comme cruciale par les différents auteurs. Pourtant, aucun d’eux n’envisage le scénario d’un refus des citoyens d’utiliser des technologies embarquées et invasives telles que les techniques de reconnaissances biométriques ou l’implantation de puces RFID.

4. Bibliographie

  1. American Education in 2030. An Assessment by Hoover Institution’s Koret Task Force on K-12 Education. Edited by Chester E. Finn Jr. (2010) Available at www.americaneducation2030.com.
  2. Berry, B. & TeachersSolutions 2030 Team.Teaching 2030 What we can do for our students and our public schools…. Now and in the future. Ed teachers college Press, Columbia University, 2011.
  3. Collins, A. Halverson, R. Rethinking the education in the age of technology, the digital revolution in schooling in America. Ed teachers college Press, Columbia University, 2009.
  4. Christensen, C. Horn, M. Johnson, C. Disrupting Class. How disruptive innovation will change the way the world learns. Ed Mc Graw Hill, 2008.
  5. Horn, M. Clayton, H (2011). The rise of K-12 blended-learning. Charter schools growth funds, Innosigh, Public Impact. Available at http://www.innosightinstitute.org/media-room/publications/education-publications/the-rise-of-k-12-blended-learning/
  6. Park Woolf, B. (2010). A roadmap for education technology. Global resources for online education Workshop (CCC, NSF, CRA) Collaboration(s). Available at http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00588291
  7. 2020 and beyond Future scenarios for education in the age of new technologies. Futurelab In Open Education Series (2007). Available at http://archive.futurelab.org.uk/resources/publications-reports-articles/opening-education-reports/Opening-Education-Report663.

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Cette entrée a été publiée le 1 février 2012 par dans Articles, et est taguée , .
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