Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Comment les innovations de rupture peuvent changer l’éducation ?

Je vous propose un résumé inspiré du livre de Clayton et Horn paru en 2008 et intitullé Disrupting Class: How Disruptive Innovation Will Change the Way the World Learns.

 Résumé

Pour Clayton et ses collègues, l’école ne remplit pas ses obligations. Les chiffres montrent que davantage de financement ne résout pas le problème. Les autres raisons habituellement invoquées, telles que le manque d’équipements technologiques dans les classes, la mise en œuvre d’une pédagogie transmissive, le lobbying exercé par les syndicats d’enseignants ne sont pas des explications valides non plus. Au niveau de la méthode, les auteurs choisissent d’étudier le système éducatif (américain) de l’extérieur par le prisme des sciences des organisations et plus précisément celui des théories de l’innovation.

Un postulat : il faut personnaliser les enseignements

Il n’y a pas de consensus sur les différentes manières d’apprendre. Pour Gardner, l’intelligence désigne 3 capacités : la résolution de problèmes, la conception d’imaginer de nouveaux problèmes à résoudre et la fourniture de produits ou de services de valeur. Gardner distingue 8 formes d’intelligence avec pour chacune d’elles 2 ou 3 types différents d’apprentissage. Or l’école est organisée en groupes classe non différenciés avec des enseignements standardisés ce qui ne peut pas être productif. De plus les systèmes éducatifs sont rigides, avec des interdépendances fortes entre les différents acteurs qui rendent presque impossible les changements.

Pour changer le rôle de l’école dans la société

La théorie des innovations disruptives permet d’expliquer pourquoi certaines organisations éprouvent des difficultés à mettre en œuvre certains types d’innovations et comment elles pourraient procéder. Les innovations disruptives s’adressent aux non-consomateurs. Elles existent sur des marchés où la demande n’existe pas encore. Elles sont améliorées petit à petit jusqu’à rencontrer la demande. A titre d’exemple dans les années 80, les ordinateurs étaient extrêmement complexes, encombrant et chers. Ils étaient réservés à une clientèle de scientifiques. Le leader sur ce marché était Dell. Apple ne s’est attaqué à ce marché. Il a choisi de développer des ordinateurs personnels moins performants que ceux de Dell mais aussi plus simples à utiliser et moins chers. 10 ans après les ordinateurs personnels destinés à un large public ont envahi le marché.

En s’appuyant sur la théorie des innovations disruptives

Cela passe forcément par une volonté des politiques publiques et un nouveau calcul de la performance. L’école a déjà montré sa capacité à produire des ID dans le passé (Préservation de la démocratie, lutte contre la pauvreté, maintien de la compétitivité des États Unis). Elle peut donc y parvenir encore une fois.

Les équipements technologiques sont mal employés

Les millions de $ dépensés pour équiper les classes ont finalement peu d’impact sur les façons d’enseigner et d’apprendre. Les rapports de force entre les acteurs sont tels que les projets trop innovants ne parviennent pas à se mettre en place. Les acteurs cherchent à satisfaire un marché existant avec les mêmes recettes (Innovations incrémentales plutôt que disruptives). Les enseignants utilisent les ordinateurs pour renforcer leur pédagogie, pas pour la modifier.

Et doivent être utilisés de manière radicalement différente

Ils peuvent permettre d’élargir les offres de formation (plus d’options et plus d’apprentissages personnalisés). Ils peuvent permettre à toutes les écoles de bénéficier des meilleurs enseignants dans leur domaine et peuvent être une solution pour les élèves déscolarisés. L’auteur décrit le modèle de l’innovation disruptive comme suit :

  • Développement de produits ou de service sur un marché non concurrentiel ;
  • Laisser le temps à la technologie de s’améliorer et de parvenir ainsi à une baisse significative des coûts de revient ;
  • Si le produit ou le service rencontre la demande des clients, cela donne une courbe de croissance sous la forme d’une droite et non d’une courbe en $.

Les auteurs estiment que selon ce modèle en 2020, 50 % des élèves suivront un cours en ligne. Selon lui 4 facteurs vont accélérer le changement : l’amélioration des formations en ligne (convivialité, motivation, différenciation des apprentissages…), la possibilité donnée aux étudiants de choisir leur propre cursus quel que soit l’endroit où ils étudient, la pénurie imminente d’enseignants liée au départ en retraite des baby-boomers et la diminution des coûts de formation indispensable étant donné le niveau des déficits budgétaires.

 l’élève doit être au centre de la formation

Les systèmes de formation doivent être souples et ouverts. Les élèves, les enseignants et leurs parents devront pouvoir fabriquer leurs propres outils. Un environnement technologique très personnalisé est difficile et couteux à concevoir. Il faut donc permettre à des non spécialistes de concevoir des contenus pour enseigner et pour apprendre.

Il faut améliorer les recherches en sciences de l’éducation

Les auteurs attirent notre attention sur les insuffisances des recherches actuelles en sciences de l’éducation. Nombre d’entre-elles ne produisent pas les mêmes résultats et leurs applications se soldent souvent par des échecs.  Elles s’organisent trop souvent autour de cas particuliers. Les recherches sur les bonnes pratiques ne suffisent pas à appréhender un phénomène aussi complexe que l’apprentissage.

Pour parvenir à un consensus

Pour réussir le changement, les membres d’une organisation doivent parler un langage commun et partager les idées sur les causalités d’un phénomène. Dans le système éducatif les acteurs ont des points de vue différents, des langages différents et des solutions différentes pour un même problème. Il faut réussir à passer de l’agreement à la coopération.

Il faut donner à l’école la bonne structure pour favoriser l’innovation

Les enseignants sont souvent frustrés car ils sont confrontés à certains problèmes qu’ils pourraient résoudre à leur niveau si le système éducatif était moins rigide. L’éducation publique doit changer de structure. Elle ne doit plus s’organiser autour des disciplines et de façon pyramidale. Elle doit favoriser des organisations ad hoc par projets. Elle doit aussi développer un département de R&D pour découvrir et proposer de nouveaux modèles d’écoles incluant toutes les parties prenantes : État, enseignants, élèves, parents, éditeurs de contenus, de plateformes de formation …

Référence

Clayton M. Christensen, Michael B. Horn, Curtis W. Johnson, (2008). Disrupting Class: How Disruptive Innovation Will Change the Way the World Learns. New York: McGraw-Hills books, 238 p.

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Cette entrée a été publiée le 18 février 2012 par dans Articles, et est taguée , , .
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