Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Economie de la connaissance, culte de la performance et structure organisationnelle

La littérature scientifique sur les organisations à but lucratif liste une série « d’ingrédients » qui une fois rassemblés permettraient à une entreprise d’améliorer son  niveau de performance.

Breton (1995) relève qu’il existe, depuis le siècle des lumières un consensus autour de l’idée que le développement des médias et de la liberté de communication sera la condition essentielle du progrès. L’émergence des nouvelles technologies de communication est censée engendrer une « nouvelle » organisation des relations sociales et des relations professionnelles. À la fin du XIXe siècle, la révolution industrielle marque le développement de l’industrialisation et la mise en œuvre de l’organisation scientifique du travail prônée par Taylor. L’homme de métier devient un homme bras, simple exécutant (Crozier & Friedberg, 1981).

La fin des 30 glorieuses est marquée à la fois par les évènements de mai 1968 et les deux chocs pétroliers de 1974 et 1976. Il s’engage alors un mouvement de transformation dans les organisations et dans la gestion des ressources humaines. Les organisations sont à la recherche d’une plus grande productivité dans un contexte de chômage accru. L’amélioration de la productivité est censée être favorisée par la mobilité et la polyvalence.

Comme pour les périodes précédentes, les années 2000 apportent leur lot de mutations. L’ouverture des marchés et le développement de l’Internet modifient la nature et la vitesse des échanges. L’accent est mis sur l’intelligence collective, la collaboration et sur le partage et la diffusion des connaissances.

Pour Boutte  (2008), le professionnel doit non seulement être porteur de compétences techniques identifiées, mais il doit aussi être un praticien réflexif au sens de Schön (1993).

La création de connaissances nouvelles et la capacité à les transformer en compétences sont de plus en plus considérées comme des sources d’avantages concurrentiels (Diani, 2002, Foray & Hargreaves, 2002, Gensollen, 2005). Ainsi le courant de recherche appelé Knowledge Based considère la connaissance comme la ressource la plus importante stratégiquement pour les organisations.

Afin de favoriser la création et la diffusion des connaissances, les organisations doivent désormais se (re)structurer. Elles doivent devenir plus souples, moins hiérarchiques et doivent adopter une structure plus organique. Le pouvoir dans les entreprises ne sera plus détenu par celui qui a la connaissance mais par celui qui sait partager et organiser la profusion d’informations.

Les structures des organisations s’en voient impactées (Cohendet, Créplet et Dupouët, 2001) et de nouvelles entités apparaissent : les communautés en ligne. Elles ne sont pas organisées de façon hiérarchique et tendent vers la combinaison et/ou la création de connaissances (Wenger & Snyder, 2000).

  1. Les communautés en ligne rendraient l’apprentissage plus facile.
  2. Elles permettraient la formalisation et le partage de référentiel « métier ».
  3. Elles permettraient également d’intégrer plus rapidement les nouveaux collaborateurs et de les familiariser aux bonnes pratiques.
  4. Elles faciliteraient la construction d’une intelligence collective qui aboutirait à la maîtrise d’un domaine d’expertise et à la mutualisation de ressources rares.
  5. Elles faciliteraient la résolution des problèmes.
  6. Enfin, elles seraient sources d’innovations incrémentales. L’innovation par les usagers répond elle aussi à une logique de performance (Von Hippel, 2006). Elle permet de réduire les coûts de transactions liées à l’asymétrie des informations qui caractérise les relations entre un producteur et un utilisateur (Jensen et Meckling, 1976).

Bibliographie

  • Boutte, J-L. (2008). « De Taylor au KM, quelle(s) approche(s) de la compétence ?». In Revue Questions Vives : La compétence et les nouveaux enjeux de la professionnalisation. Vol 5 N° 10. p.11-23.
  • Breton, P. (1995). L’utopie de la communication. Le mythe du village planétaire. La découverte. Paris.
  • Cohendet, P., Créplet F., Dupouët O. (2006). La gestion des connaissances, firmes et communautés de savoir. Economica. Paris.
  • Crozier, M.,  Friedberg, E. (1981). L’acteur et le système. Seuil. Paris.
  • Diani, M. (2002). «Connaissance et performance économique: une nouvelle vision de la firme basée sur la connaissance». In actes du colloque Interdisciplinarité et incertitude. Aix-en-Provence, 27 septembre 2002.
  • Foray, D., Hargreaves, D. (2002).  “The development of knowledge of different sectors: a model and some hypotheses”. A paper prepared for the « Knowledge Management in Education and Learning forum. 18-19 March 2002. Randolph Hotel, Oxford. http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.136.3730&rep=rep1&type=pdf
  • Gensollen, M. (2006). «Les communautés en ligne : échanges de fichiers, partage d’expériences et participation virtuelle».  Revue Esprit, n°324. p. 179-194.
  • Jensen, M.C. ; Meckling, W.H. (1976).The theory of the firm :managerial behavior, Agency Cost, and ownership structure”. Journal of Financial Economics. 3, N°4, p°305-360.
  • Von Hippel, E. (2006). Democratizing Innovation. MIT Press, 2006.
  • Wenger, E., Snyder, W. (2000). “Communities of practice: The organizational frontier. Harvard.  Business Review. 78(1).

Un commentaire sur “Economie de la connaissance, culte de la performance et structure organisationnelle

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Cette entrée a été publiée le 22 avril 2012 par dans Articles, et est taguée .
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