Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Repenser l’éducation : avec ou sans les technologies numériques

Cet article est un résumé des notions développées dans le livre de Collins et d’Halverson : Rethinking Education in the age of technology.

La fin d’un modèle ?

Pour Collins et Halverson, le modèle d’éducation tel que nous le connaissons aujourd’hui : un enseignement identique pour une même classe d’âge en un même lieu et à heure fixe ne correspond plus ni aux besoins ni aux attentes de la population (américaine). Ce modèle est peu performant et il coûte cher.

Lors de la révolution industrielle, l’État américain a pris en charge l’éducation dans le but de favoriser la cohésion sociale du pays. Il s’agissait d’intégrer et de former au mieux les enfants des immigrants. L’État devait former en masse ces nouveaux venus afin de leur permettre de s’insérer dans la société et d’y réussir conformément aux valeurs de l’American Dream.

Aujourd’hui,  l’école ne peut plus apporter aux élèves l’ensemble des connaissances et compétences dont ils auront besoin pour devenir des citoyens et pour réussir leur(s) vie(s) professionnelle(s). Les apprenants aspirent aujourd’hui à davantage de personnalisation. Ils veulent apprendre ce qui leur semble utile, au moment et à l’endroit où ils le souhaitent. Le recul de l’âge de la retraite et l’acceptation croissante de la nécessité de privilégier la mobilité dans les carrières professionnelles peuvent faire penser que les adultes pourront souhaiter se (re)former et acquérir de nouvelles compétences plusieurs fois au long de leur vie active. Par ailleurs, la culture américaine axée sur la responsabilité personnelle, pourrait inciter les enfants et leurs parents à prendre en main la responsabilité de leur propre éducation. En accord avec l’adage « Aide toi et le ciel t’aidera » ils pourraient souhaiter choisir librement leurs écoles, leur curricula ainsi que le moment où ils passent leurs tests d’évaluation.

Les technologies numériques sont très souvent présentées comme des vecteurs de changements (voir de révolution) pour les systèmes éducatifs. Certains y voient une panacée, d’autres la cause de tous les maux.

Les arguments en faveur des technologies numériques à l’école

La plupart des humains ont déjà adapté leurs manières de penser, de collecter, de trier et de synthétiser l’information disponible. L’éducation ne peut rester en dehors de ces changements de société.  Les auteurs en faveur du numérique à l’école défendent, l’idée que les outils pédagogiques issus des technologies, numériques (jeux, réseaux sociaux, formation en ligne, etc.)  permettront aux individus de résoudre des problèmes bien plus complexes que dans le passé. Ils pourront se regrouper en communautés d’intérêt dans lesquelles les apprenants vont pouvoir discuter, être conseillés. Ils pourront vivre des simulations et (re)jouer des rôles autant de fois qu’ils le désirent. Enfin, grâce aux technologies numériques, les formateurs peuvent envisager de nouvelles situations d’apprentissages, qui correspondent aux nouvelles attentes :

  • L’apprentissage en juste-à-temps;
  • La personnalisation;
  • Les interactions, la publication de ressources et les pratiques réflexives (feed-back);
  • Les apprentissages au travers des jeux et de la simulation;
  • L’utilisation d’une multitude de médias qui répondent aux besoins des différents types d’apprentissages;
  • L’auto-évaluation ou l’évaluation par les pairs des solutions pédagogiques distribuées sur le marché.

Les arguments contre les technologies numériques à l’école

L’école résistera à ce type de changement. Au mieux, elle intégrera certaines technologies numériques mais sans évoluer fondamentalement. L’école est le fruit d’une histoire dans laquelle les différentes parties prenantes (État, collectivité locales, parents, enseignants etc.) se sont battues pour défendre leurs intérêts. Aujourd’hui le système est parvenu à un équilibre qui lui assure la stabilité. Tout changement aurait des conséquences sur les intérêts de plusieurs parties prenantes et pourrait briser cet équilibre. La mise en avant actuelle des résultats quantitatifs  met une pression supplémentaire  sur les écoles et les enseignants. Cette pression freine les innovations qui sont considérées comme trop risquées.

De plus, le métier d’enseignant est fondamentalement basé sur le développement humain qui est particulièrement difficile à acquérir en face d’une machine. Pour les détracteurs des TIC, elles sont couteuses, peu adaptées aux situations de classes et aux apprentissages fondamentaux (lecture, écriture, mémorisation).

Enfin, et c’est peut-être l’argument le plus important, le développement des TIC en contexte éducatif pourrait rompre l’équité entre les apprenants jusqu’à là relativement préservée. Seules les familles aisées auront accès aux bonnes informations, aux bonnes écoles et aux outils pédagogiques de qualité.

Une conversation entre Allan Collins et Richard Halverson à propos de leur livre et  Steve Hargadon

Les points de cristallisation du développement des technologies numériques à l’école concernent la personnalisation, les interactions et le contrôle des apprentissages. Pour conclure, les enjeux liés aux changements du système éducatif américain (et sans doute du nôtre) sont les suivants :

  • La diminution ou la perte de la cohésion sociale et de la culture nationale;
  • La fin de l’équité face à l’accès et à la réussite à l’école;
  • Des apprenants plus motivés;
  • Des ressources pédagogiques de meilleure qualité et moins chères (jeu du marché);
  • Davantage de personnalisation avec des temps, des programmes et des lieux d’apprentissages choisis.

Référence

Allan Collins, Richard Halverson (2009). Rethinking Education in the Age of Technology: The Digital Revolution and Schooling in America. New York: Teachers College Press, 176 p.

2 commentaires sur “Repenser l’éducation : avec ou sans les technologies numériques

  1. Pingback: Repenser l'éducation : avec ou sans les technologies numériques ... | UseNum - Education | Scoop.it

  2. isabellequentin
    5 mai 2012

    Sur le même sujet : un article de Daniel Letouzey pour Clioweb : http://clioweb.canalblog.com/

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Cette entrée a été publiée le 3 mai 2012 par dans Articles, et est taguée .
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