Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Se (re)présenter dans un réseau en ligne

beauty girlUn utilisateur face à un formulaire d’inscription à un service communautaire est incité à se demander, quelle est la meilleure manière de se résumer en quelques mots ou quelques symboles. L’utilisateur choisit de mettre en avant certaines informations et en occulte d’autres qu’il ressent comme moins pertinentes, car moins conformes à l’image qu’il veut donner de soi, en fonction de l’objectif visé. Dans un environnement virtuel, le corps physique n’est pas présent. La représentation de soi est donc essentielle, pour être vue et pour exister aux yeux des autres membres. Elle permet également de se différencier et donc d’être reconnue en tant qu’individu parmi ses pairs.

Se représenter pour exister

Dans le réel, la présence du corps est essentielle et représente un indice absolu d’existence. Dans le monde virtuel, la seule consultation d’un site Web, ne permet pas d’affirmer de manière certaine une existence. L’utilisateur doit prendre vie pour communiquer. En l’absence d’un corps réel, l’identité numérique donne forme à des éléments plus abstraits, comme les centres d’intérêts ou les pensées. Les utilisateurs dialoguent à distance par l’intermédiaire d’une représentation graphique, sonore ou textuelle de leur identité.

Se représenter pour être reconnu ou intégré

Dans le virtuel, comme dans le réel, l’identité est étroitement liée à la notion de différence. Lorsque l’on tente de décrire un ami dont on a oublié le nom, nous le faisons en faisant appel à des signes que nous pensons distinctifs. (Quentin & Bruillard, 2009 ; Daele & Charlier, 2006) ont montré que les collectifs en ligne d’enseignants étaient organisés et structurés autour de règles de fonctionnement parfois implicites mais très présentes. La représentation dans un tel collectif est donc au centre de deux enjeux contradictoires. D’un côté, l’internaute doit se présenter en mettant en avant des traits de caractères distinctifs et personnels afin d’être reconnu en tant qu’individu, mais, de l’autre, il doit réussir à le faire en prouvant son acculturation aux règles explicites et implicites du groupe pour être accepté.

Représentation de soi et identité numérique

La représentation de soi ne peut pas être confondue avec l’identité numérique. Elle n’en est qu’une partie (Georges, 2008). L’identité numérique se tisse entre l’ensemble des signes saisis par le sujet et l’ensemble de signes valorisés par le dispositif. Le dispositif influence la représentation de soi et agit comme un cadre que les utilisateurs peuvent adopter pleinement ou choisir de contourner. L’identité numérique peut-être scindée en trois ensembles distincts (Cardon, 2008 ; Georges, 2009) :

L’identité déclarative : composée des données saisies ou téléchargées par l’utilisateur (nom, prénom, date de naissance, avatar).

L’identité agissante : composée du relevé explicite des activités de l’utilisateur par le système (x et y sont maintenant amis).

–   L’identité calculée : composée de variables quantifiées, produites par un calcul du système (nombre d’amis).

Par identité numérique, ces deux auteurs entendent une représentation de soi, façonnée par le sujet en raison de choix tactiques dans le matériau de l’interface. Elle a pour fonction technique, l’identification, la mise en relation et l’insertion d’un individu dans la communauté. Cardon (2008) ajoute qu’il est utile de décomposer les différents traits identitaires permettant de décrire les utilisateurs des outils du Web social. Il décline les signes de soi autour de deux tensions qui se trouvent aujourd’hui au cœur des transformations de l’individualisme. Il schématise les différentes facettes qui composent l’identité numérique d’un acteur dans le schéma comme suit :

Sans titre1Figure 19 : La décomposition de l’identité numérique, Cardon (2008)

–   L’extériorisation de soi caractérise la tension entre les signes qui se réfèrent à ce que la personne est dans son être (sexe, âge, statut matrimonial, etc.), de façon durable et incorporée, et ceux qui renvoient à ce que fait la personne (ses œuvres, ses projets, ses productions). Ce processus d’extériorisation du soi dans les activités et les œuvres renvoie à ce que la sociologie qualifie de subjectivation.

La simulation de soi caractérise la tension entre les traits qui se réfèrent à la personne dans sa vie réelle (quotidienne, professionnelle, amicale) et ceux qui renvoient à une projection ou à une simulation de soi, virtuelle au sens premier du terme, qui permet aux personnes d’exprimer une partie ou une potentialité d’elles-mêmes.

Bibliographie

Cardon, D. (2008). Le design de la visibilité : un essai de cartographie du WEB 2.0. Réseaux n°152, Paris, Lavoisier. p.93-137.

Daele, A. Charlier, B (2006). Comprendre les communautés virtuelles d’enseignants, pratiques, recherches. Ouvrage collectif, éditeur l’Harmattan.

Georges, F. (2009), Représentation de soi et identité numérique. Réseaux, WEB 2. La découverte, mars, avril 2009. p.167-193.

Georges F., (2008).  Les composantes de l’identité dans le web 2.0, une étude sémiotique et statistique. Hypostase de l’immédiateté. In Actes du 76ème congrès de l’ACFAS : Web participatif : mutation de la communication, Institut national de la recherche scientifique, 6-7 mai 2008, Québec.

Quentin, I., Bruillard, E. (2009). Le fonctionnement de Sésamath : une étude exploratoire. In Develotte, Mangenot, Nissen (coord) Actes du colloque Echanger pour apprendre en ligne (EPAL). Grenoble

Un commentaire sur “Se (re)présenter dans un réseau en ligne

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Cette entrée a été publiée le 18 juin 2013 par dans Articles.
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