Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Les discours des apprenants sur leurs activités au sein d’ un MOOC

Ces résultats sont issus d’une analyse de contenu de 23 entretiens réalisés durant l’année 2014 avec des apprenants de MOOC. La plupart des répondants ont suivi leur MOOC tel qu’il a été proposé par les concepteurs. Dans la plupart des cas, ils ont regardé les vidéos en prenant ou non des notes, puis réalisé les quiz. La plupart du temps cette progression n’est pas discutée.

Je pars du principe que dans la mesure où l’enseignant a mis en place quelque chose il faut suivre strictement ce qu’il a mis. U20

Pour certains répondants apprendre dans un MOOC est avant tout un « travail individuel ». Pour eux, les interactions publiées par d’autres constituent un élément de désengagement parce qu’elles sont jugées trop nombreuses ou considérées sans intérêt. Pour illustrer ce point, plusieurs répondants ont utilisé dans leur discours la métaphore de la noyade. Ce type d’apprenants ne s’investit pas les projets ou les activités collectives.

Clairement cela n’apporte rien pour réussir le certificat mais c’était surtout par manque de temps.U6

Quatre apprenants seulement mettent en avant les activités réalisées au sein du MOOC telles que les devoirs (synthèses, conception de programme informatique, billets de blog). Ils les présentent comme étant le vecteur de leurs apprentissages.

Les autres apprenants mettent en avant la réalisation d’activités collectives lorsqu’ils s’expriment à propos de leurs apprentissages. Ce type de discours est indépendant du mode de transmission des connaissances. Il se retrouve aussi bien dans les discours d’apprenants de xMOOC que de cMOOC. Dans ce cas les métaphores les plus souvent utilisées par les apprenants sont relatives à la richesse ou à l’enrichissement. De plus, les répondants associent productions collectives, résultats concrets et création de liens forts entre pairs. Les apprenants qui déclarent avoir échangés avec d’autres, soit sur les forums du MOOC, soit sur les réseaux sociaux, utilisent le terme de « communauté » pour désigner le groupe des apprenants du MOOC. L’existence de ce collectif est associée par certains répondants comme étant un moteur essentiel de leur engagement.

Certains MOOC demandent à leurs apprenants d’évaluer les activités de leurs pairs. Les notes et les commentaires ainsi produits constituent des interactions autour des artefacts que sont les productions évaluées. L’ensemble des répondants s’accorde sur le fait que ce type d’évaluation est une nécessité pour gérer le grand nombre d’apprenants participant à une formation ouverte massivement. Ils rajoutent qu’elle favorise les apprentissages.

En théorie, c’est très efficace et dans le vécu on apprend mieux en se faisant corriger par d’autres personnes U10

Pourtant, cette activité est également jugée très difficile. Tellement difficile que parfois les apprenants se désengagent du MOOC car ils ne sentent pas à la hauteur de la tâche demandée.

La description des répondants de leurs activités dans un MOOC évoque les trois métaphores de l’apprentissage. En se basant sur la Cultural Historical Activity Theory (CHAT), les travaux d’Engeström (Expansive Learning, 2001), de Nonaka et Takeuchi (model of knowledge creation, 1995) et ceux de Scardamelia et de Bereiter (knowledge building, 1996), Paavola & al (2004) proposent une conceptualisation de l’apprentissage selon trois métaphores (trialogical learning approach).

  • La métaphore de l’acquisition : La connaissance est individuelle et l’apprentissage se réalise grâce à un processus de transfert de ressources.
  • La métaphore de la participation : L’accent est mis sur les activités plutôt que sur les ressources à transmettre. Selon cette métaphore, la connaissance est située et ne peut pas être isolée. L’apprentissage est une question de participation et de pratique.
  • La métaphore de la création de connaissance : Cette métaphore place les processus médiatisés de création de connaissance au cœur des apprentissages. L’apprentissage se déroule autour d’activités d’interactions réalisées au travers d’objets partagés (artefacts).

Pour Jadin et Gaisch (2014), la métaphore de l’acquisition correspondrait au mode de transmission des connaissances mis en œuvre dans les xMOOC et la métaphore de la participation à celui opéré dans les cMOOC. Elles argumentent sur le fait que ces deux métaphores ne peuvent à elles seules rendre compte de l’ensemble des processus d’apprentissages dans les MOOC. Une partie des répondants de notre échantillon déclarent avoir appris selon la métaphore de l’acquisition et l’autre partie selon la métaphore de la création de connaissance. Nous notons que la métaphore de la participation se retrouve peu dans les discours des apprenants. Seuls quatre répondants sur 23 associent leurs apprentissages à la seule participation à des activités. Nous n’avons pas relevé de relation entre le type de transmission des connaissances mis en œuvre au sein du MOOC (xMOOC ou cMOOC) et la description des apprentissages par les répondants en fonction des métaphores de l’apprentissage.

Références

Jadin, T., Gaisch, M. (2014). Extending the MOOCversity A Multi-layered and Diversified Lens for MOOC Research. In European MOOC Stakeholders Summit, Lausanne, 12-12 February 2014, p.73-79.

Paavola, S., Lipponen, L., Hakkarainen, K. (2004). Models of Innova­tive Knowledge Communities and Three Metaphors of Learning. Re­view of Educational Research, 74(4), p. 557-576.

3 commentaires sur “Les discours des apprenants sur leurs activités au sein d’ un MOOC

  1. Reggiani Angela (@AngyRegg)
    8 novembre 2014

    Bonjour,

    Personnellement, je n’ai fais que quelques MOOC depuis peu mais je trouve que mon ressenti varie beaucoup suivant les sujets abordés et le but que je me suis fixé.
    Les MOOC qui me donnent juste une introduction à un sujet théorique sont vécus comme la lecture d’un manuel ou un cours magistral classique : je ne ressent pas de besoins particulier d’échanges ou d’exercices.
    Sur un MOOC où je souhaite vraiment avoir un acquis, je vais plus ressentir le besoin de faire des exercices et de voir le travail de mes pairs pour approfondir le sujet étudié.
    Enfin, sur un MOOC comme ITyPA ou le TwittMOOC qui abordent des thèmes purement connectivistes et qui ne contiennent pas ou peu de cours à proprement parlé mais plutôt des pistes de travail, l’échanges entre apprenants et la réalisations d’exercices et quasi obligatoire pour progresser.

    Bref, je trouve intéressant cet articles et ces réflexions sur les MOOC mais j’ai du mal à voir comment on peut tirer des conclusions globales sur les apprentissages par les MOOC… qui me semblent tellement variés🙂

    Au plaisir d’échanger,
    Bonne soirée,
    Angéla R.

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Cette entrée a été publiée le 4 novembre 2014 par dans Articles, et est taguée , .
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