Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Réflexions personnelles sur l’utilisation de MOOC pour inverser la classe

La pédagogique comme beaucoup d’autres choses est soumise à des effets de mode. Régulièrement, une méthode présentée comme étant le « graal » fait son apparition, puis s’estompe, remplacée par une autre. La tendance du moment est à la classe inversée. Depuis quelques mois, inverser la classe est au cœur des préoccupations des internautes, comme l’illustre le résultat d’une recherche avec les mots clés « classe inversée » avec l’outil Google Trends.

Sans titre

Dans une classe inversée, les contenus de cours sont consultés en autonomie par les apprenants. Ils sont le plus souvent délivrés sous la forme de courtes vidéos. Le temps de classe en présentiel est consacré aux échanges avec l’enseignant et entre pairs, au travail en équipe et à des exercices pratiques.

Cette méthode n’est pas nouvelle. Elle est issue des travaux de Lage & al (2000) repris par Bergmann et Sams en 2012. En 2013, Bissonnette et Gauthier ont réalisé une revue de la littérature scientifique sur la classe inversée. Ils mettent en lumière que l’impact de cette méthode sur les apprentissages des élèves n’a pas été démontré. Ils incitent donc leurs lecteurs à faire preuve de prudence quand à la mise en œuvre de cette méthode. Pourtant, aujourd’hui, on ne compte plus le nombre d’articles, de billets de blogs ou de conférence dédiés à cette méthode. Les propos tenus sont le souvent très élogieux. Ils relatent la plupart du temps des expériences isolées et proposent peu d’indicateurs qui permettraient de rendre compte de l’efficacité de cette méthode pédagogique.

Dans beaucoup de ces retours d’expériences, il est fait un lien entre les MOOC (un autre dispositif très à la mode) et la classe inversée. Au delà de l’impact réel ou supposé de cette méthode pédagogique, ce lien m’interroge.

  • Ressources Educatives Libres v/s MOOC: On notera que certains articles proposant d’utiliser des ressources issues de MOOC pour inverser la classe évoquent en réalité plutôt des ressources éducatives libres. A titre d’exemple, Dubois dans son article des MOOC pour le secondaire publié sur Educavox met en avant les vidéos consultables librement sur le site de France TV Education. Les REL sont disponibles à tout moment. L’enseignant peut les étudier et vérifier leur adéquation avec ce qu’il souhaite que ses élèves apprennent. A contrario, les MOOC sont des dispositifs de formation, structurés comportant un système d’évaluation, avec un début et une fin. Ils sont en général conçus par des enseignants du supérieur ou des entreprises privées. De mon point de vue, utiliser un MOOC pour inverser la classe pose un certain nombre de problèmes pour l’enseignant qui n’est pas partie prenante dans la conception du MOOC. Il découvre les ressources, la quantité de travail à réaliser, le système d’évaluation à l’ouverture du MOOC. Comment concevoir une progression pédagogique lorsque l’on ne maîtrise pas le début et la fin d’un dispositif ? Comment l’enseignant peut-il être certain que le contenu qu’il projette d’utiliser sera d’une part de qualité et sera d’autre part adapté à son référentiel d’enseignement et au niveau de ses élèves ?
  • Conception de ressources éducatives v/s animation de cours : même s’il est toujours possible de réaliser des choses avec les moyens du bord, concevoir un MOOC coûte cher (plusieurs dizaines de milliers d’euros), nécessite des compétences techniques et des moyens matériels (studio de captation de vidéos). De ce fait, la plupart des enseignants qui utilisent les vidéos des MOOC pour inverser leur classe utilisent en fait des ressources produites par d’autres, ressources qu’ils peuvent difficilement adapter en fonction de leur contexte d’enseignement. Est-il raisonnable de transférer la conception de ressources éducatives à une poignée d’enseignants triés sur le volet (selon quels critères ?) ou à des entreprises privées (Apple ou Google par exemple) ? On rejoint ici une réflexion plus vaste sur le métier d’enseignant. Ce métier deviendra-t-il trop complexe pour être appréhendé par une seule personne ? Il pourrait à l’avenir être scindé en différentes fonctions. Parmi elles, la création de contenus éducatifs sera sans doute reconnue et valorisée sur le marché du travail comme activité à haute valeur ajoutée. Quelle place serait alors laissée aux enseignants – animateurs de cours ?

Références

Bissonnette, S. Gauthier, C (2013). Faire la classe à l’endroit ou à l’envers?. FORMATION PROFESSION, 23.

Bergmann, J. & Sams, A. (2012). Flip Your Classroom: Reach Every Student in Every Class Every Day. Eugene, OR: International Society for Technology in Education.

Lage, M. J., Platt, G. J., & Treglia, M. (2000). Inverting the classroom: A gateway to creating an inclusive learning environment. Journal of economic education. Retrieved on January 8, 2015 from https://dl.dropboxusercontent.com/ u/249331/Inverted_Classroom_Paper.pdf

Dubois, J. (2014). Des MOOC pour le secondaire ? consultable à l’adresse http://www.educavox.fr/formation/outils/des-mooc-pour-le-secondaire

4 commentaires sur “Réflexions personnelles sur l’utilisation de MOOC pour inverser la classe

  1. Pingback: Numérique | Pearltrees

  2. jackdub
    28 septembre 2015

    Bonjour Isabelle,
    Et merci de me citer dans cet article.
    Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse et la difficulté d’intégrer un MOOC ‘en direct’ à une formation, sans connaître au préalable tous les éléments constitutifs du parcours.
    Je me permets de préciser que l’article « des MOOC pour le secondaire » fait effectivement référence à des ressources éducatives libres proposées par France TV éducation comme transposition existante du modèle universitaire pour un niveau collège-lycée (à l’époque, c’est tout ce que j’avais trouvé). Le fond de l’article ne parle pas de classe inversée mais plutôt d’une approche connectiviste autour d’un « voyage en littératie numérique » qui est propose une mise en situation permettant de travailler de nombreuses compétences : lire numérique, écrire numérique, travailler en équipe et/ou en réseau. On est loin de la classe inversée …
    Bonne continuation,
    Jaques

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Cette entrée a été publiée le 23 septembre 2015 par dans Articles, et est taguée , .
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