Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Marché du travail de demain : quelles conséquences pour les étudiants d’aujourd’hui ?

Je partage dans cet article, un résumé des propos qui ont été tenus pendant lune table ronde consacrée aux emplois de demain qui s’est tenue lors des entretiens Enseignants – Entreprises (École Polytechnique, Saclay, le mardi 25 août 2015) suivi d’une réflexion plus personnelle sur ce que cela peut impliquer pour nos étudiants d’aujourd’hui. Les participants à cette table ronde étaient Patrick Artus (directeur de la recherche et des études de Natixis) ; Christelle Martin (Déléguée générale du groupement des professions de service) ; Olivier Leteurtre (Directeur Général de Dassault Systèmes EUROWEST) ; Jean PIsany-Ferry (Commissaire général à la stratégie et à la prospective). Pendant cette table tonde chaque participant s’est attaché à partager son point de vue sur la thématique de la table ronde.

Pour Jean Pisany-Ferry : les économistes sont partagés sur les gains de productivité à venir. Des incertitudes demeurent au niveau macro économique (niveau de croissance), technologiques, budgétaires (politiques d’emplois publics). Néanmoins, il présente le résultat d’un travail de projection des besoins en recrutement d’ici 2022. Cette étude tient compte de la démographie et de la transformation des structures de la consommation (par exemple l’augmentation prévisible des dépenses de santé). Le départ en retraite massif des salariés nés pendant la période du baby boom vont générer 800 000 créations d’emplois. Des professions vont recruter (enseignants, agents d’entretien, le secteur de l’aide à domicile). Les créations d’emplois se feront vers des secteurs employant de la main d’œuvre très peu qualifiée et très qualifiée. La structure de la création d’emplois sera favorable aux deux extrêmes.

Pour Patrick Artus : La destruction des emplois intermédiaires sera remplacée par des créations d’emplois peu qualifiés. Cela aura pour conséquence une destruction de la productivité. La diffusion des robots permettra de remplacer certains emplois peu qualifiés et intermédiaires. Cela devrait amplifier la bipolarisation du marché de l’emploi. Pour Patrick Artus, l’allongement de la durée des études ne produira pas forcément de la productivité (si la structure des emplois ne correspond pas aux études proposées). Les emplois qui seront vacants seront situés dans le champ scientifique et le secteur de la santé pour les emplois qualifiés et dans les services pour les emplois non qualifiés. Pour 70 % des américains les revenus ne progressent plus, voire régressent pour les emplois non qualifiés. Il espère que les services à la personne se sophistiqueront afin de gagner en productivité et de maintenir un niveau de salaire convenable.

Pour Christelle Martin : les emplois de demain se trouveront dans les services marchands. Pour elle, il s’agit d’un phénomène mondial (y compris pour les pays émergents). Ces emplois peuvent être qualifiés (consultants pour les agriculteurs, Blablacar qui s’est associé à AXA pour assurer les covoiturés). Les consommateurs seront de plus en plus en demande de personnalisation et de sécurité. De ce fait, tous les métiers devraient monter en expertise. Plusieurs paradigmes seront bousculés : un emploi à vie, une compétence à vie ; les métiers des services sont peu attractifs.

Pour Olivier Leteurtre : Les entreprises sont rentrées dans une économie de l’expérience. Ceci devrait permettre de créer des emplois qualifiés. Les entreprises chercheront de plus en plus à vendre en masse des produits ultra personnalisés. Les personnes vont changer d’activités et de statuts plusieurs fois au cours de leur vie professionnelle : Un même individu devra accepter d’être tour à tour salarié, entrepreneur ou formateur.

Ces éléments donnent à réfléchir sur notre responsabilité en tant qu’enseignant pour préparer nos étudiants au marché du travail qui les attend. Il convient sans doute de leur donner les moyens d’acquérir des compétences leur permettant de se former par eux-mêmes afin de développer tout au long de leur carrière leur capital humain. Or, bien souvent, ces compétences sont des compétences « cachées » c’est-à-dire qu’elles sont peu enseignées et encore moins souvent évaluées, un peu comme si leur acquisition étaient naturelle, automatique. On peut penser que si rien ne change, les étudiants qui parviennent à développer ces compétences ou qui sont aidés pour cela par les membres de leur cercle familial auront un avantage décisif. Les autres risquent de subir de plein fouet une nouvelle fracture. Les premiers pourraient accaparer les emplois très qualifiés et les second avoir bien du mal à sortir des emplois peu qualifiés dans un marché du travail devenu bipolaire.

4 commentaires sur “Marché du travail de demain : quelles conséquences pour les étudiants d’aujourd’hui ?

  1. Pingback: Marché du travail de demain : quelles co...

  2. numericlandscape
    6 octobre 2015

    A reblogué ceci sur Critiques politiqueset a ajouté:
    De la question de la dualisation de l’offre d’emplois : soit vous êtes très peu qualifié, soit vous êtes très qualifiés. Les employés ont du soucis à se faire!

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    • Isabelle Quentin
      7 octobre 2015

      Bonjour numericlandscape,
      La prospective sur le marché du travail n’est pas mon « cœur de métier. Ma réflexion s’appuie sur des propos de personnes présentes à une table ronde qui sont elles spécialisées et qui présentent leurs points de vue. L’objectif de cet article est de commencer une réflexion sur ce que nous (les enseignants et les formateurs) pourrions faire afin d’aider nos élèves futurs travailleurs à développer des compétences leur permettant de se former par eux-mêmes afin de développer tout au long de leur carrière leur capital humain.

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  3. jean
    4 octobre 2015

    Faux les baby boomers ne partiront pas en retraite faute de retraite viable, le digital détruit plus d’emploi qu il n en crée, la croissance maximale en Europe et en France ne dépassera pas 1 à 2% rendant impossible la création d’emplois. Enfin les TPE et ¨PME sont les seuls createurs d emplois et leur avenir est sombre…et personne ne souhaite qu ils creent de l’emploi

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Cette entrée a été publiée le 4 octobre 2015 par dans Articles.
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