Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

La place des MOOC dans la formation professionnelle

Les MOOC sont désormais bien installés. On peut faire l’hypothèse que les comportements des apprenants ont évolué et que leurs discours sur leurs intentions par rapport à ce dispositif de formation se sont affinés. Pour le découvrir, j’ai souhaité réaliser une série d’entretiens semi directifs.

J’ai lancé un appel sur différents réseaux sociaux, ce qui m’a permis de conduire 3 entretiens semi directifs d’une quarantaine de minutes chacun. C’est évidemment trop peu pour prétendre à une quelconque généralisation des résultats. Pour être franche, j’ai même hésité à publier les résultats. Après réflexions, il m’a pourtant semblé que les discours de ces apprenants méritaient que l’on s’y attarde. En effet, les 3 répondants ont des profils différents (âge, profession etc.) et pourtant leurs discours mettent en avant de nombreuses similitudes qui pourraient faire l’objet de pistes de recherches.

Dans cet article (d’autres suivront), je vais m’attacher à présenter les similitudes qui questionnent notamment la formation professionnelle et celle l’entretien du capital humain.

Le profil des répondants

1 femme et 2 hommes ont participé aux entretiens. Deux d’entre eux sont insérés dans la vie professionnelle. Le premier est cadre de l’éducation nationale et le second est responsable de projets informatiques pour une entreprise de grande taille. Le denier est étudiant en communication. Ils ont tous en commun d’être de fervents adeptes des formations de type MOOC. Ils en tous suivis plusieurs (entre 3 et 17).

Les MOOC sont utilisés comme des dispositifs de formation professionnelle

Pour les trois répondants suivre un MOOC est un moyen de développer des connaissances en lien avec leur domaine professionnel. Cet aspect des choses est présenté de façon très claire par les 3 répondants.

La première explication qui est avancée est celle d’un défaut d’investissement en formation continue de la part de l’employeur. Pour ce répondant, les offres de formation proposées par son employeur ne sont pas assez nombreuses et ne correspondent pas toujours à ses attentes.

Ma motivation première pour suivre un MOOC c’est acquérir une compétence professionnelle supplémentaire, de me former de manière personnelle car ma société n’investit pas énormément dans la formation ne serait que pour une raison de coût. E1

La seconde explication mise en avant est la possibilité offerte par les MOOC de bénéficier de savoirs universitaires peu accessibles lorsque l’on vit en province et que l’employeur ne met à la disposition de son salarié ni le temps ni les moyens nécessaires pour se déplacer physiquement.

J’ai suivi des MOOC parce que pour moi cela répondait à des besoins de formation, à des centres d’intérêts et où je n’aurais pas pu avoir accès à ces formes d’apprentissages autrement. Donc au début je me connectais à Canal U, lorsque c’était possible je me connectais à des conférences à l’ENS Cachan ou à la Sorbonne. C’était déjà un moyen d’accéder à des ressources auxquelles je ne pouvais pas accéder depuis chez moi. C’était vraiment pour pouvoir apprendre sur des sujets qui m’intéressaient et des sujets pour lesquels je n’aurais pas pu avoir cette connaissance là autrement. Les MOOC sont pour moi un moyen de me former professionnellement. E3

Ce qui est remarquable dans les discours de ces deux apprenants insérés dans la vie active, l’un dans le secteur privé et l’autre dans le secteur public, c’est qu’ils se forment sur leur temps libre, le soir, tôt le matin ou parfois pendant les week-end en dehors de toute injonction de leur hiérarchie.

Pour E2, encore étudiant, la démarche n’est pas tellement différente. Il s’agit de montrer qu’il anticipe les besoins du marché, qu’il se prend en main. Il cherche aussi à se démarquer des autres étudiants.

Je suis étudiant, faire un MOOC, cela me permet d’améliorer ce que j’apprends dans mon école. Cela me permets de m‘ouvrir à autre chose, pour ma vie professionnelle surtout. Par exemple, je suis en concours dans mon école et suivre un MOOC me permet de me servir de choses que les autres n’ont pas encore vues. C’est un avantage concurrentiel et cela me permet d’utiliser des termes pointus, c’est intéressant.E2

C’est un peu comme si la formation était pour eux une affaire personnelle qui échappe à l’employeur ou à l’organisme de formation. La non prise en charge de l’employeur est présentée par E1 comme une contrepartie de la liberté dont il dispose. Avec les MOOC, il peut choisir lui même, sur quoi, quand et où se former.

Pour ces 3 apprenants la démarche de suivre un MOOC est individuelle et relève d’une stratégie personnelle. Les MOOC les aident à entretenir et à développer leur capital humain et à se démarquer. Assiste-t-on à une nouvelle dichotomie sur le marché du travail qui commence dès la formation initiale, d’un côté ceux qui ont les capacités d’anticiper les connaissances nécessaires pour rester employables et pour se former seuls et de l’autre ceux qui dépendent des choix et des moyens que l’employeur met à leur disposition pour se former ?

Sur l’importance des certificats

L’obtention des certificats est présentée comme étant importante. Ces discours diffèrent des discours d’apprenants auxquels nous avions posés des questions similaires en 2013. Sur les 23 entretiens réalisés, 12 apprenants déclaraient que l’obtention des certificats n’était pas le but recherché. Pourtant, chacun d’entre-eux avait effectué de façon systématique toutes les activités permettant d’obtenir le certificat final. Nous avions alors relevé un paradoxe entre les discours des apprenants et leurs activités dans les MOOC. Pour les trois apprenants questionnés en 2016, les discours sur les certificats semblent davantage cohérents avec les activités réalisées. Suivre un MOOC serait un moyen de faire reconnaître des compétences, il donc important que les employeurs le sache. Les certificats sont donc importants et sont rajoutés sur le CV des participants. Obtenir un certificat est aussi présenté comme une satisfaction personnelle, en quelque sorte une « preuve » que l’on capable de réussir.

Je pense que suivre un MOOC sera toujours bien pour moi, pour mon développement professionnel et quand je passerai un entretien les gens verront que j’ai suivi un MOOC. Que je travaille en dehors de l’école et que je ne me suffis pas de ma formation. Çà c’était ma première démarche. C’est inclus dans mon CV. Certains mettent leurs loisirs moi je mets mes MOOC, ce sera peut-être plus convainquant que de savoir que j’aime le théâtre.E2

Alors d’abord, pour moi la certification est quelque chose d’important. Elle m’apporte beaucoup tant sur le plan personnel que je l’espère professionnellement.E1

Je trouve intéressante l’idée de valoriser les compétences que les enseignants développent par le biais de des MOOC .E3

Pour autant, les apprenants ne semblent pas prêts à financer les certificats. Ils acceptent de se former sur leur temps libre, parce que cela leur permet de choisir leur formation sans contrainte, de s’organiser comme ils l’entendent mais la gratuité serait une contrepartie sine qua none. Elle est présentée comme faisant partie de « l’ADN » des formations de type MOOC.

Pourtant je ne suis pas prêt à payer pour obtenir des certificats. C’est un état d’esprit et puis vu le nombre de MOOC que je suis, s’il fallait que je commence à payer, je pense que j’aurais des exigences différentes et sans doute que j’arrêterai certains MOOC bien avant si je juge que la qualité ne me convient pas. Aujourd’hui je suis un gros consommateur et la gratuité y est pour quelque chose. E1

Il s’agit ici des premiers résultats que l’on peut mettre en avant en analysant les discours de 3 apprenants adeptes des MOOC. Si vous souhaitez rajouter des éléments, n’hésitez à commenter cet article ou me contacter en privé afin que nous puissions échanger ensemble.

D’autres résultats vont suivre, notamment sur la question des vidéos, la place de l’enseignant et sur la notion de communauté au sein des MOOC.

A bientôt.

8 commentaires sur “La place des MOOC dans la formation professionnelle

  1. Pingback: La place des MOOC dans la formation professionn...

  2. Elaine QUILLIN
    14 mars 2016

    Bonjour, je trouve très intéressant cette petite enquête sur les moocs et leur place au sein de la formation professionnelle. Moi- même, je viens tout juste de m’y mettre et je me suis déjà inscrite à 8 moocs. Je réside en Guadeloupe et je suis à la recherche d’un emploi. Ayant été éloignée du marché de l’emploi depuis très longtemps , je trouve que c’est une excellente façon de renouer avec la réalité du marché du travail et des nouveaux besoins qui émergent. De plus étant une sorte de boulimique de la formation, cela me permet de satisfaire ma curiosité intellectuelle. Le fait que ce soit gratuit et de grande qualité est absolument nécessaire car pour une personne comme moi , le financement constitue un frein.

    J'aime

    • Isabelle Quentin
      14 mars 2016

      Merci beaucoup Elaine pour ce retour d’expérience. Bonne continuation sur les MOOC.
      Je vous souhaite un retour rapide à l’emploi🙂

      J'aime

  3. plerudulier
    26 février 2016
  4. Pingback: La place des MOOC dans la formation professionn...

  5. Pingback: MOOC - 2 | Pearltrees

  6. Pingback: La place des MOOC dans la formation professionn...

  7. Pingback: Formation en ligne | Pearltrees

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 26 février 2016 par dans Articles.
%d blogueurs aiment cette page :