Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

Méthodes de l’observation participante

L’observation participante a été mise en œuvre par des anthropologues dans le but d’étudier des sociétés exotiques et inconnues. Il s’agit d’une démarche inductive qui vise à découvrir par l’observation ce qui organise les rapports sociaux, les pratiques et les représentations des acteurs du terrain étudiés. Elle a été définie par Platt (1983) comme une technique de recherche dans laquelle le sociologue observe une collectivité sociale dont il fait lui-même partie. L’observation participante implique de la part du chercheur une immersion active dans son terrain. Elle lui permet d’avoir accès à des informations peu accessibles et mieux comprendre certains fonctionnements difficilement appréhendables par quiconque est extérieur au terrain. Cette méthode permet de collecter des données issues de plusieurs sources :

  •  De l’observation participante » proprement dite (ce que le chercheur remarque, « observe » en vivant avec les gens, en partageant leurs activités);
  • Des entretiens ethnographiques; les conversations occasionnelles de terrain;
  • De l’étude des documents officiels et surtout, des « documents personnels » (ce terme désigne « les matériaux » dans lesquels les gens révèlent avec leur propre langage leur point de vue sur le terrain observé.

Les différentes formes de l’observation participante

L’observation participante ouverte v/s  clandestine : Dans l’OP ouverte; le chercheur observe son terrain après en avoir informé les acteurs et obtenu leur accord au préalable. Le risque de ce type d’OP est de générer des changements artificiels de comportements (effet Hawthorn). Dans le cas d’une OP clandestine, le chercheur observe son terrain sans en informer au préalable les acteurs impliqués. Ce type d’OP permet d’étudier des groupes sociaux fermés ou traditionnellement peu favorables aux analyses extérieures mais peut générer des problèmes liés aux questions d’éthique.

L’observation participante complète v/s périphérique : En 1958, Gold établie la distinction entre l’observateur complet et l’observateur périphérique. Il caractérise ainsi les différents niveaux de présence sur le terrain allant de l’implication minimum à l’implication maximum. Certains chercheurs poussent à l’extrême la participation, jusqu’à une participation fusion par « conversion« . L’OP périphérique se distingue de l’OP complète par une implication modérée du chercheur.

L’observateur participant interne v/s externe : L’opposition entre le dedans et le dehors traverse l’ensemble des travaux contemporains sur l’observation participante. Lapassade[1] distingue deux rôles, celui de l’observateur participant externe (il vient du dehors et pour un temps limité -celui de sa recherche – et partiel, il conserve d’autres activités à côté), d’une part, et celui de l’observateur participant interne (le chercheur qui est d’abord « acteur » dans une institution dans laquelle il exerce une fonction et il lui faut accéder au rôle de chercheur).

Participer, pourquoi faire ?

 L’observation participante génère certaines réserves, en effet comment concilier le fait d’être partie prenante d’un jeu social et rester en même temps un observateur distancié (Bourdieu, 1978) ?  Soulé (2007) synthétise les usages de la participation observante et ses justifications.

Observer les interactions des acteurs du terrain : L’observation participante entraine des relations de proximité avec les acteurs de terrain puis une nécessaire mise à distance objectivée de ces relations humaines. Afin de réduire cette difficulté, le chercheur peut utiliser ces compétences sociales afin d’expérimenter et d’observer les interactions entre les acteurs de terrain (les siennes au même titre que celle des autres). L’accent passe de l’observation de l’autre à l’observation de la relation humaine entre le chercheur et les acteurs de terrain. Dans ce type de méthode la solution est davantage du côté de la prise de conscience des effets de l’enquête. On tient pour acquis que le chercheur altère ce qu’il observe et que ces altérations font partie de l’objet de l’étude. Le chercheur est source de résultats.

Comprendre de l’intérieur un phénomène étranger au chercheur : Ici, l’implication dans un terrain peu connu justifie le recours à l’OP. L’objet est de comprendre de l’intérieur un phénomène.  Pour Pfadenhauer (2005), ce type de méthode vise notamment la production de données d’observation et de données expérientielles. Si des arbitrages sont nécessaires eu fil de l’enquête le chercheur doit privilégier la participation à l’observation. L’interprétation des données obtenues et des expériences vécues appelle une analyse d’essence phénoménologique.

Supporter un engagement intellectuel du chercheur : Dans ce cas, l’engagement du chercheur (proche de celui du militant) devient un axe central du changement opéré voire espéré. Ce type de méthode est mené dans une perspective de recherche action.

 De l’observation participante à la participation observante

 L’originalité de la participation observante vient du fait qu’elle accentue l’implication du chercheur puisqu’elle la réalise dans une action ayant une finalité partagée avec le groupe étudié. Le chercheur s’affirme en tant que membre à part entière sur son terrain de recherche.

 La méthode de la participation observante est parfois décriée. Lalonde (2013) synthétise les deux critiques principales autour de cette méthode. Elle peut rendre délicate la généralisation des résultats. Par ailleurs une trop grande implication du chercheur peut entraîner de sa part une forte subjectivité qui  peut nuire nuirait à la réalisation d’une analyse juste et représentative du phénomène étudié.

Pourtant, le fait d’être émotionnellement et rationnellement très proche des membres du groupe  favorise une attitude plus ouverte de la part des acteurs de terrain,. Elle  permet aussi d’atteindre un niveau de compréhension très élevé du phénomène étudié (Adler et Adler, 1987). L’accès et l’interprétation des données émanant du terrain sont ainsi facilités par l’acceptation de la subjectivité de l’autre comme étant la sienne

Références

Adler, P.A.,& Adler, P. (1987). Membership roles in field research. Newbury Park, CA: Sage

Bourdieu, P. (1978). Sur l’objectivation participante. Réponse à quelques objections. Actes de la recherche en sciences sociales, 23, 67-69

Gold, R.L. (1958). Roles in sociological field observations. Social Forces, 36, 217-223.

Lalonde, J. F. (2013). La participation observante en sciences de la gestion: plaidoyer pour une utilisation accrue. RECHERCHES QUALITATIVES –Vol. 32(2), pp. 13-32

Pfadenhauer, M. (2005). Ethnography of Scenes. Towards a Sociological Lifeworld Analysis of (Post-traditional) Community-building. Forum : Qualitative Social Research, 6, [En ligne]. http://www.qualitativeresearch.net/fqs-texte/3-05/05-3-43-e.html

Platt, J. (1983). The Development of the « Participant Observation » Method in Sociology : Origin Myth and History. Journal of the History of the Behavioral Sciences, 19, 379-393.

Soulé, B. (2007). Observation participante ou participation observante? Usages et justifications de la notion de participation observante en sciences sociales. Recherches qualitatives – Vol. 27(1), 2007, pp. 127-140.


[1] L’article est consultable en ligne à l’adresse http://vadeker.net/corpus/lapassade/ethngr1.htm#21

Un commentaire sur “Méthodes de l’observation participante

  1. Milko
    27 février 2015

    Très bon article.Court et précis. merci

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Cette entrée a été publiée le 26 décembre 2013 par dans Articles, Méthodologie, et est taguée , .
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